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Un pas vers l'autre

  • Photo du rédacteur: Julia Quiroz
    Julia Quiroz
  • 18 juin
  • 6 min de lecture

Je ne me souviens pas exactement d'où a surgit ce projet, il me semble que je cherchais des concours d'écriture pour en tirer des thèmes et je suis tomber sur celui-ci: "Un pas vers l'autre".

Alors j'ai testé, j'en ai tiré trois texte. Je les ai enregistré et récemment je les ai retrouvés, j'ai alors eu envie d'en faire quelque chose. Et les voici...


Un pas vers l’autre 1


Je m'assois, au bord de l’autoroute. Au loin, j'entend les voitures qui klaxonnent. Je pense aux gens qui tapent sur leur volant.

Ce sont eux, les gens, qui animent la ville.

De temps à autre, je me demande ce que serait la vie sans les gens. Ce ne sont pas eux, la vie, justement…?

Il m’arrive de sortir la nuit, déambuler dans les ruelles. L'obscurité fait fuir les passants. Je profite de la lueur, en apparence éternelle, des étoiles. J’observe les ombres, comme si sous ce ciel, le monde m'appartenait.

Mais depuis que je ne les voit plus, ce n’est plus pareil.

Avant, je marchais sur les rebords des autoroutes, suivant leurs pas. Ils souriaient, je rigolais, on s'évadait du monde. 

Ils disent… et vous l’avez sûrement déjà entendu... Que l’on a tendance à idéaliser ce qu’on perd de vue.

Pourtant, moi, j’ai cessé de percevoir le futur. Et il me paraît cependant, bien loin de l’idéal. Il semble vide, vidée de sens du moins.

Il est flou, désordonné, inatteignable…

Un peu comme le passé quoi.

C’est donc ainsi que je me retrouve assise au bord de la route, seule et perdue dans mes pensées, en cette étrange nuit. Parce que le temps passe, et ne s’arrête jamais. 

Je distingue à peine les lumières. La nuit semble si longue. La ville est plonge dans l’obscurité. Les passants, une ou deux personnes en costume, me regardent avec un air de pitié. J’ai envie de leur dire que moi aussi, je fus comme eux, brillant sous les réverbères. Avant que ces lumières étincelantes s'éteignent dans mon regard

Pour un court instant, j’ai l’impression que je peux retourner le temps. J’ai la sensation que le temps remonte. Une sensation folle m’envahit. Je me lève et je cours sur le ciment, un pas vers l’autre, comme si en allant en contre-sens avec les autres, menaçant les flèches sur le sol… Je pourrais atteindre ce point sans retour et revenir en arrière. Mais je tombe et au contact de la nuit, mes espoirs s’envolent.

Je ne sent pas la douleur, même pas l’impact de mes genoux sur le ciment ne suffit pour me sortir de cet état qui me rend si légère. Je vois en images, la lumière envahit mon regard.

Je repense à cet après-midi. Je suis sorti avec eux et je leur ai montré les traits de mon sourire. On a partagé les allées, les trottoirs, la clarté de la lune. J’ai suivi leurs pas, les laissant guider les miens, alors qu’eux non plus… Ils ne savent pas qui je suis.

Je ne suis pas rentré chez moi, ce soir. Personne ne comprend ce qu’il se passe. Je ne sais pas vraiment où je vais. Mais une certitude m'éclaire, je suis arrivé là car chaque pas m'y a mené.

Une voix lointaine s’oppose à cette réflexion. Elle semble venir de moi, mais elle résonne dans le silence, je suis seule à l'entendre: “Tu es arrivé à cet instant, sans cesse changeant, car tu t’y es mené toi-même.”

Je regarde derrière moi, ce chemin invisible qu’on parcourt tout en le traçant, un pas vers l’autre. Et je me dis… qu’il n’est pas fini. C'est quelqu'un d'autre, une personne à qui je tenais et qui demeure derrière sur ce chemin, qui m’a appris à voir ma vie ainsi. 

Je lève mon regard ves les astres sur cette ville endormie, ou presque. Et imaginant qu’ils sont tous là, je les écoute, tous ceux que j’ai croisé sur la route. “Tout n’est pas fini”, au moment même où je prononce ces mots, un courant m’emporte. 

Je pars souvent très loin. Le monde tourne sans cesse, et je m’y perd dans l’espoir de m’y retrouver.

Tous ceux qui me précèdent, suivent… Chaque instant brûlé, chaque moment volatil… S’ancre en moi. Je me raccroche à cette idée. En me disant… J’irais sur ce chemin, un pas vers l’autre, à l'attente d’un futur. Je brûle le passé, je cours sans cesse.

Finalement, j’y suis. J’ouvre la porte de cette maison que j’habite et qui n’est pas la mienne, mais qui pourrait bien le devenir.


Je pense, avant de m'endormir, en attendant le jour qui approche: Demain n’arrive jamais. Mais il le devient, car on s’y approche sans cesse.



Un pas vers l'autre 2


Je ne suis pas prête à lâcher les temps passés.

Je sens le vent sur mon visage qui annonce une nouvelle saison. Le vent balaye les nuages et ils s’envolent, emportant avec eux les secondes.

Tout  change mais rien ne bouge.

Aujourd’hui est venu enterrer les traces du jour précédant. Hier reste pour toujours un souvenir. Ma mémoire est pleine, j’y garde tout ceux qui fut. Puisque rien n'est pour toujours, tout change. Je ne peux suivre les feuilles qui se décrochent des branches. Tout autour de moi se transforme, tournoyant dans l’air. J’ai l’impression de regarder le monde tourner, incapable de m’accrocher au mouvement.

Je me raccroche aux possibilités.

Il fut un temps récent, où je ne voyais que les gens dans l’univers. Je m'assois au bord de la route, je me penche pour m’accrocher aux étoiles filantes.

Ils me semble y voir une lumière paisible. Je m’accroche aux “possibles”. Je me dit que si le monde s'arrête de tourner, peut-être l’on verrait les gens danser. Mes désirs s’effacent et soudain, tout est possible.

Les pièces tombent, les pas s’effacent. 

J’aime me dire… que je suis tout ce qui m’a construit. Les racines d’un saule pleureur déchaîné, les oiseaux qui viennent chanter sur les branches, les rencontres et les aventures au fil des saisons, du temps qui se presse. Tout cela semble s’ancrer sur l’écorce de l’arbre. De même, je me dit que ce sont toutes ses pièces qui me rendent qui je suis à présent. Je constate qu’en marchant sur la terre, mes pas s'effacent sans cesse. De même, tout ce qui fleurit semble se faner. Mais on trouve toujours des fleurs. (Lumières qui s'éteignent)

J’avance, un pas vers l’autre.

Je me rapproche de cette maison vide. Mes racines me pèsent. Mes branches s’agitent. Je vois par la fenêtre un monde différent. L’espoir d’autrefois se transforme en chansons. Je viens dire adieu. Tant qu'on est vivant, on meurt. Mais, n’est-ce pas merveilleux? Cette beauté d’une fragile tendresse qui se bat pour exister. Je pousse la porte et les souvenirs s’envolent. Je me vois sur la glace, moi aussi j’ai changé. Mon reflet n’est plus le même. Je m’accroche pour ne pas tomber, tout tourne autour de moi. Alors qu’une fleur se fane, une nouvelle éclose. Je ne veux plus me battre, je veux juste suivre le chemin. Pressés, tranquilles, perdus, décidés… on court, on danse, on marche et on s’envole… Toujours un pas vers l’autre. C’est bien ça, la vie que je veux vivre. Brûlant comme les étoiles, la nuit, le jour. Un instant suspendu, un moment éphémère.



Un pas vers l’autre 3


Elle ouvre ses yeux dans une chambre envahie par l’obscurité.

Sur son chemin au lycée, la musique se faufile dans son esprit.

La hauteur des murs du bâtiment la rend minuscule.

Face à l'entrée de la salle, elle hésite à franchir le seuil de la porte. 

Tout de l’autre côté de celle-ci, lui est inconnu.

Elle enjambe les pas et se retrouve assise parmi ces autres silhouette qu’elle ne reconnait pas.

Elle n’ose pas fixer le tableau.

Son regard se perd dans ses pensées.

Elle gribouille quelque chose au coin de la feuille.

Elle arrache la page de son cahier, elle a envie de tout arracher.

Mais elle compte ses pas, fermes, sur le parquet.

Elle se rend chez elle comme si cet endroit n’existait plus.

Elle pousse la porte, lourde et grinçante.

Puis elle s'assoit sur les gradins à l'entrée du bâtiment, son visage pesant sur ses mains fatiguées.

Tu vas où? - lui demande une voix à son dos.

Nul part - Sa voix douce et perçante s’échappe sous l’emprise de la surprise, démunie de force et envahie d'intenses sentiments.

Mais elle avance encore, sans même s’en rendre compte.

Elle recule d’un coup, reprenant le contrôle de ses pas inconscients.

Ses yeux ouverts, ayant plongés dans le sommeil, se réveillent d’un coup.

La lumière frappante la fait trébucher.

Elle s’accroche à ce parfait inconnu.

Elle s’accroche enfin à quelque chose, cela faisait longtemps qu’elle marchait sans appuie.

Elle se relève, plus forte.

Et elle s'exclame toutes les beautés de la ville vue de haut.

Elle l’observe, debout sur le toit, tout près du bord.

La lueur du soleil se reflète dans les yeux de cette étrange rencontre.

Elle se tient face à lui, tous deux minuscules, dansant au bout du monde.

Elle le serre dans ses bras, aussi fort qu’elle peut.

Puis elle le relâche et elle s’accroche à cette lumière nouvelle.

Rien n'est pour toujours, pas même les moments qui semblent durer à l'infini.

L’infini s’ouvre à eux sur un chemin où tout est possible mais rien n’est certain.

Ils enchaînent les escaliers, descendent là ou les passants se pressent.

Sans savoir où leurs pas les mènent, ils retracent leur parcours à travers la ville.

Un pas vers l’autre, ils avancent sur le monde.

Cette histoire n’est pas la mienne,  mais elle est à moi et à tous ceux qui le veulent.


 
 
 

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